Digressions

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Ici les mots ont plus de pulpe et leur jus s’écoule en sonorités suaves. Da lé, Da lé…Les syllabes claquent et roulent comme des torrents d’eau entre les pierres des chemins Da lé, Da lé…
Dans ce pays on ne parle pas, on chante ou on crie, on vibre au rythme des phrases, on roucoule, on caresse, on gronde…Rien ne peut être indiffèrent. Da lé, Da lé…
Dans les rues les rires et les cris des enfants se mêlent aux discussions animées sous les yeux des vieillards impassibles se balançant sur leurs rockings chairs…
Et cette soif qui vous prend, ruisselants de sueur, aveugles par la force du soleil, les dégradés de verts qui vous baignent, vous devenez comme ces canaris qui dans leur cage se frottent contre des morceaux de pastèque pour se rafraichir le corps..Vous dégustez l’eau fraiche de la douche comme un nouveau né son premier bain…
Et peu a peu, votre corps s´habitue a la chaleur, vous utilisez moins le ventilateur, vous buvez l´eau de la citerne comme tout le monde, les phrases autrefois mysterieuses prennent un sens, vous vous laissez bercer par le bruit des averses…
Da lé, Da lé…La musique des mots vous envahit de ses transes…

Porteur d’âmes

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Je suis le frêle porteur d’âmes, vous me trouverez au hasard d’un méandre amazonien émergeant de la mangrove, corps torturé, membres distordus, je suis fait de bois en partie minéralisé par les ocres , les rouges brasil, les marrons et les gris.
Tel un gisant immobile en apparence, mon souffle dévoré par l’incendie, mon ombre se projette dans l’avenir incertain. Pour m’atteindre il faut s’aventurer loin du bateau et de son sol secure, franchir la frontière entre le connu et l’inconnu, mettre ses pieds dans la boue bienfaitrice et cheminer parmi les racines immenses aux formes fantasmagoriques, quitter tout, se dépouiller de ses oripeaux modernes qui entravent le corps, l’étouffent et le rendent en esclavage.
Visage buriné, mains larges crevassées par la misère, je vous attends là au seuil de mon domaine, empli de souvenirs, de rages et de peines.
Je suis votre devenir vous qui dormez dans vos villes de béton et ne prenez conscience de l’intérêt de la vie qu’au jour de votre mort. Ici les troncs entrelacés aux formes humaines offrent le spectacle de la désolation et de l’inconséquence.
Seul, je vous suivrai partout dans vos songes et vos rêves, comme un remords je hanterai vos nuits jusqu’à rendre présent votre futile oubli.
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Le cyclone de Santiago de Cuba

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Le cyclone de Santiago de Cuba
(après le passage de Dean en 2007…)

Le cyclone de Santiago
Dispense sa traîne
sur les faubourgs de La Havane.
Sa grisaille recouvre comme un linceul
Les barrios aux toits plats
Effaçant les sourires
Dissimulés sous les plastiques,
Capuches éphémères
Ballotées par les vents.
En de grandes goulées
Le goudron assoiffé
Se nettoie de sa crasse.
Dans les rues fumantes de chaleur
Les habitants s’acheminent
Insouciants à la pluie,
Baignés dans la moiteur
De l’ultime tourmente.
Des cris d’enfants apeurés
Meublent les rares moments de silence
Entre deux hurlements d’ouragan
Et les prières des vieux mêlent Jésus, Yemaya
Et Fidel, tous aussi impuissants
Devant le déchainement
Des élèments naturels.
Sur les corps de mulâtres
Les rigoles de sueurs
Pactisent avec les ondées étouffantes.
Partout ce n’est que tôles
Qui volent, arbres arrachés,
Canalisation qui pètent sous
Le trop plein d’eau, l’apocalypse
Parcourt ses gammes sous les cieux caraïbes.
Enfin,
Le soleil triomphant, bannit tout souvenir
Du défunt évènement,
Seul s les dégâts attestent de cette plaie céleste
Alors que dans un ultime élan la solidarité
S’ébranle pour panser ces plaies…

 

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Candela


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Sous le soleil de
San Miguel, la chaleur
se fait pesante et le
corps sue comme
les gargoulettes d’Afrique.
Ici rien n’a changé,
les routes sont tout
autant défoncées;
les odeurs aussi prenantes,
et les filles encourageantes.
Mais moi, j’ai changé,
le temps est plus lent
et ma soif s’est altérée. Je ne suis
plus le chien fou en
quête d’aventures,
que tu connaissais.
Mes os me font souffrir
et mon regard se voile,
seule demeure au fond
de moi cette lueur
d’espoir pour ce pays que
je chéri, en ombre
spectatrice.

 

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Petite fleur de Corse.

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Au détour d’un chemin, perdue entre les massifs de fougères, tu étais là, discrète, à moitié cachée sous les branchages du maquis. Te cacherais tu petite fleur, toi si fragile ? Quel spectacle effrayant t’a contrainte à t’enfouir loin de la lumière, petite nonnette sous ta blanche corolle ? Est-ce la vue brutale du sanglier rageur, le chant du merle bavard, ou t’es tu égarée fuyant les pas du chasseur ? Regardes là, près du pin laricio à la ramure protectrice, coule un torrent bienfaiteur, que n’as-tu posé tes racines en cet endroit prospère. Rassures toi, tu es protégée à l’abri des regards du voyageur, laisses pousser tes feuilles, petite fleur, ma sœur.
Endors toi tranquille, lorsque la lune insinue ses rayons curieux, et que les moqueries des oiseaux se sont tues. Le hibou borgne veillera sur toi et éloignera ta peur. Dors ma douce demain il fera jour….

 

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Tes petits seins,

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Tes petits seins,
Tes petits seins comme des cocos,
Séparés par un rio suave,
Musique de miel et de feu,
Rondeurs souveraines de mon cœur,
Promesses d’amour et de désillusions,
Sources de vie.

Muchacha mala que me mata.

Mon venin, ma drogue, ma petite mort,
J’écoute tes paroles et tes chants
Dans les ruelles défoncées de Marianao
Où passent les gwagwas qui dégueulent
Leurs flots de passagers comme des fourmis
vivaces, affairées à suivre tes traces
Sur le bitume malodorant,
Loin des hotels désaffectés.

 

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Fraîcheur

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Fraîcheur

Petit matin, l’heure où la vie s’éveille.

Doucement les premières lueurs du jour remplacent les ténèbres de la nuit. Les animaux nocturnes lentement ferment leurs yeux, laissant la place aux amoureux du soleil.

Tout autour la fraîcheur règne. La nature s’apprête à affronter la canicule, c’est l’heure de la pause, le temps est suspendu aux branches des noisetiers. Soudain, l’envol d’un geai au cri strident vibre dans le silence ambiant, et remplit le vide bienfaiteur.

Ici le calme entoure la montagne, remèdie à la fournaise. En ce lieu on prend conscience que le tout est proche du rien. Que l’argent, la situation, la « célébrité » ne sont que futilités comparés à la beauté de la nature, à sa force, à l’amour qu’elle éveille en nous.

C’est en ces heures propices, quand tout dort dans la maisonnée, même les animaux domestiques, que j’aime à m’asseoir dans un coin du jardin, non loin du tas de bois, et passe de longues minutes à écouter le village s’éveiller en contrebas du torrent.

Tel une horloge le rituel est réglé au quart d’heure près. C’est d’abord le chien du moulin qui annonce son réveil, le cliquetis des petites sonnailles des chèvres dont le berger libère les barrières. Plus tard, les premiers camions venant de la plaine serpentent dans les virages pour traverser le village et acheminer leurs provisions vers les villes de l’autre coté de la montagne. Enfin le klaxon de la boulangère qui livre le pain chaud accélère le réveil et annonce le mouvement et l’agitation d’une belle journée.

Yateritas

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Yateritas…

Tu avais un nom de fleur,
Tes beaux cheveux reglisses
Parfumés canne à sucre,
Frisés naturels, mon cœur,
Si longs, enclos de lucre,
Ta peau couleur métisse.

Sur cette route d’Oriente,
Tu t’es donnée pour amante.
Je t’ai cueillie sans un mot,
Tout près de Guantanamo,
Au pays des platanos
Dans les bouches du rio…
Yateritas….

Tu n’as connu que misère,
Case délabrée, fango
Ivresses et cris du père,
Dur labeur, mari macho.
Mon hijastra de Yemaya
Refuge de Santeria.
Yateritas…

Ils ont buriné ton âme,
Au plus profond de Cuba,
Dans cette caste infâme,
Tu as poussé si belle
Ô toi mon Irisbel
Près du Golfe du Mexique
Dans un village de caciques
Yateritas….

Cette nuit

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Cette nuit
J’ai chuchoté à la lune pour décrocher ses grâces, une complainte à ses rondeurs, arrachée à la froideur, une stance sans espoir.
Nimbée de brumes, parée d’habits de nymphette, baigneuse des années folles, l’astre cette nuit là se voulait musulmane ; beauté voilée se refusant aux tropiques.
Tout autour d’elle l’hiver étendait son domaine de glaces, sa couleur de neige remplissait la nuit.
Ma vaine supplique se perdait dans ces paysages polaires aux ténèbres bleutées des sorcières de Walpurgis.
En maintenant le cap sur les vagues friponnes du haut de la vigie je lui ai dit l’amour, je lui ai dit ma haine.
J’ai rompu avec elle les rouges airelles ramenées des montagnes caraïbes. J’ai sacrifié au rite de Skadi , déesse du froid et de la chasse. J’ai prié enfin, en vain, muette et distante, elle m’ignorait.
Après avoir foulé la couche de Baudelaire et de Verlaine tenu la chandelle, elle recrachait l’encre de ma plume indécente… ingrate.

Céphalées…

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Existes-tu vraiment..?
ou n’es tu que vain désir..?
reflet du soleil sur un tesson de verre…
étincelle dans les braises du desert…
clapotis de l’eau sur les rochers d’une cascade
mirage flottant sur le sel du Djerid…
ou clin d’oeil sous un voile berbère…

M’as tu seulement aimé..?
Toi que j’ai cru entrevoir sous le porche des cloîtres…
dans les ruelles sombres des bars de Pigalle
et jusqu’aux quartiers mal famés du Panier de Marseille…

Je t’ai suivie pourtant brebis égarée dans les rues d’Amsterdam
sous les ponts de Venise, les ramparts de Raguse
tu jouais à cache-cache entre les dolomites
et dans les ruelles écroulées de la parèdre Tanit…

Ignorante, égoïste et hautaine
j’ai bu jusqu’à la lie le vinaigre de ton dédain.
J’ai renié ma famille, j’ai renié mes amis
comme cet apôtre incertain au mont Sinaï

N’es tu donc que sable, poudre et artifices
chimère grimaçante au flanc des cathédrales
prostituée vulgaire dans les échoppes du Caire
chair écartelée sous le pinceau de Matisse

Epouse éphémère, amante vénale saches
que ma haine te poursuivras jusqu’aux confins de la Terre…

Toussaint Sbreccia